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🇫🇷  FAIRE LE TOUR DU MONDE À LA VOILE : UN RÊVE QUI DEVIENT RÉALITÉ!

 

L'ÉCOLE DE LA VIE

Dernier né d’une fratrie de 8 enfants, Guirec a grandi en Bretagne, sur l’île d’Ivinec, dans les côtes d’Armor.

Avec ses 13 écoles au compteur, il était loin d’être un élève exemplaire ! Dès sa majorité, il quitte les bancs d’une école qui l’ennuie, vend sa moto et achète un aller simple pour la liberté. Il s’envole pour l’Australie sans parler un mot d’Anglais avec seulement 200 euros en poche.

Après quelques nuits éprouvantes à dormir dans la rue, il s’enfonce dans les terres et trouve un petit boulot dans une ferme. Son pécule lui permet d’acheter un vélo, avec lequel il parcourt le sud-ouest du pays, Guirec espère trouver du travail là-bas. D'autres étrangers le mettent en garde : il n'y a pas de travail ici. Mais la chance est un hasard qui se provoque, en interrogeant chaque bateau sur les docks il finira par obtenir une place sur un crevettier.

Parti pour 3 semaines de mer, il y restera finalement un an. Seul le sérieux paye. À force d’un travail acharné (près de 20 heures par jour), embarquant des semaines durant, Guirec a pu réaliser son rêve de gosse : acheter un bateau à voile dès son retour en France. Il le baptisera Yvinec, en souvenir de son île natale. 

Le bateau est vieux, et son état général nécessite des réparations, mais Guirec est convaincu de faire une super affaire. Pourtant, à trois semaines du grand départ, l’apprenti aventurier a bien failli couler! La coque est rouillée à cause de la corrosion (l’inconvénient des bateaux en acier), Guirec la perce rien qu’en appuyant sur les endroits abimés.

On le met en garde « Attention Guirec tu ne pourras pas partir comme ça, c’est du suicide, il faut faire tout un chantier sur ton bateau, ça va prendre du temps et de l’argent. » Ça tombe bien, il n’a aucun des deux ! Membrures rouillées, coque abimée, il s’en fiche. Le bateau existe. Il rebouche rapidement les trous avec du sika et un poste à souder qu’il garde sur son bateau ... ça pourra toujours servir !

Après un court entraînement en solitaire (de quelques heures seulement !), il se lance. L’expérience viendra en route.  Il est prêt pour réaliser son plus grand rêve « vérifier si la terre est ronde ». Partir pour se livrer à l’inconnu, à l’imprévu, à l’infini des possibles, quel rêve ! 

La rencontre de Guirec et Monique

Il fait escale en Espagne, au Portugal, puis vogue vers les Canaries où il rencontre Monique – une petite poule rousse qui n’a rien d’une poule mouillée. On peut même dire que madame à la patte marine, une qualité qu’elle ne tarde pas à lui prouver : dès sa première nuit à bord, elle pond un œuf !

Après quelques repas partagés, 15 000 miles (soit 24 000 km) à la voile, quelques leçons de paddle, de surf, des balades en luge et des concours de slackline, cette coéquipière à deux pattes est en passe de devenir le gallinacé le plus célèbre de la planète. 

 

La transatlantique

L’aventure prend alors un autre tournant : tous les deux traversent l’Atlantique.

Guirec s’amuse à raconter, que sa coéquipière s’est beaucoup plu à jouer les moussaillons.

« Elle se baladait par tous les temps, malgré le vent, la pluie ou les vagues déferlant sur le pont. De peur qu’elle ne tombe à l’eau, j’avais pris le réflexe de regarder dans le sillage du bateau ! Mais elle parvenait toujours à se ressaisir d’un battement d’ailes et revenait, trempée, un poisson volant dans le bec. »   

LES ANTILLES : UN PETIT PARADIS

25 œufs et 28 jours plus tard, Le duo arrive aux Antilles sur l'île de Saint Barthélémy richissime avec … 60 centimes en poche !  Ensemble, ils vivront un an aux Caraïbes afin de renflouer la caisse de bord et préparer leur prochain défi : reprendre la mer, direction l’Océan Arctique.

Les problèmes financiers se résolvent en travaillant dur et en dépensant le strict minimum. Tous les boulots sont bons à prendre : jardinier, livreur de fleurs, plagiste, serveur, et même moniteur de planche à voile !

Au cours de cette escale, Monique s’adonne aux sports aquatiques, paddle, surf, planche à voile, natation … et son sport favori : les shooting photos ! Et oui, même sous les tropiques, il faut bien qu’il y en ait qui bosse !

Dans cet archipel paradisiaque de la mer des caraïbes de nombreux « tour du mondiste » ont laissé leurs envies d’évasions et de découvertes … « Qu’y a t’il de plus ailleurs ? ».

Le soleil, la chaleur des tropiques, les paysages coralliens et la gentillesse des populations locales incitent à rester … Mais notre équipage à d’autres projet en tête !

Les deux intrépides font le pari fou de passer l’hiver 2015/2016 à bord de leur voilier pris dans la banquise Groenlandaise. Après tout, pourquoi ne pas profiter de ce tour du monde à la voile pour partir à la découverte du Grand Nord et de ses paysages majestueux ! 

 

le grand nord un voyage qui se mÉRITE ! 

Ni une, ni deux ! Guirec profite d’une escale à Trinidad et Tobago (au sud des Antilles) pour sortir son voilier de l’eau et le préparer aux conditions extrêmes de l’Arctique. Le chantier durera près d’un mois et demi. Guirec rebouchera une quarantaine de trous dans la coque d’Yvinec, parfois si gros que Momo pouvait passer sa tête au travers !

Ce voyage dans les Antilles a aussi été l’occasion de découvrir de magnifiques îles et de s'envoler avec le spi ! 

 

Les moyens pour y arriver...

De retour à St Barthélémy, en décembre 2014, dès la fin de la saison cyclonique nos deux compères ont continué à travailler dur pour financer leur projet.

Senior de l’expédition, le vieux voilier a eu droit à une véritable cure de jouvence : réparation du moteur, nouvelles voiles, éolienne, panneau solaire, instruments de navigation (GPS, Radar, AIS, etc.), nouveaux hublots, chauffage, matériel d’isolation etc. Pour faire face à ces températures de l’extrême rien ne doit être laissé au hasard.

Guirec s’équipe aussi : skis, matériel de randonnée, vêtements chauds … Le Groenland est à lui !

C’est aussi grâce à la générosité de personnes rencontrées au fil du voyage et de donateurs anonymes (par l’intermédiaire d’un site de crowdfunding) que le projet peut voir le jour ! MERCI A EUX. 

 

CAP vers le  NORD!

En levant l’ancre le 29 juin 2015 Guirec touche son rêve du bout des doigts. La tristesse des adieux se mêle à l’excitation du départ. Le cœur lourd, il laisse derrière lui des amis … il reviendra c’est promis !

Première panne au bout de 2 heures de navigation : le pilote automatique (une des rares pièces n’ayant pas été changée). Guirec est obligé de barrer 14 heures d’affilées jusqu’à Virgin Gorda dans les îles Vierges Britanniques, afin de le réparer.

Plus tard, Guirec et Monique feront une nouvelle escale de 24 heures aux Bermudes pour éviter une dépression et faire le plein de gasoil et d’eau.  Au départ, les douaniers réticents à leur venue tombent rapidement sous les charmes de Momo.

Quelques jours après avoir quitté les Bermudes, l’équipage ne parvient malheureusement pas à éviter une deuxième dépression. Indomptable, la mer se dresse de tous les côtés, submergé par des creux avoisinants les 10 mètres et contraint par 50 nœuds de vent Yvinec baisse le nez et dévale les pentes liquides. Guirec se concentre.

Ouf, le gros temps est passé, le bateau se redresse … trempée jusqu’aux os, Monique a repris ses promenades sur le pont.

Plus calme, la suite de la traversée est rythmée par les crépuscules, mer et soleil se confondent dans un panel de mauve, d’or, de pourpres et de bleus. Magnifiques paysages aux allures d’aquarelles. Parfois les dauphins, les baleines et autres animaux marins dansent autour du bateau. Il en est sûr, c’est pour ça qu’il est parti.

 

 

HALIFAX

15 jours de mer et 1600 milles plus tard Guirec et Monique accostent à Halifax le 23 juillet 2015. Longtemps ils se souviendront de leur entrée dans le long chenal d’Halifax. Un courant de 4 nœuds, une visibilité proche de zéro, et des cargos hauts comme des immeubles font bouillonner l’eau. Rien ne semble pouvoir arrêter ces monstres marins. Cette fois Monique à les chocottes, en bonne poule mouillée elle reste au chaud à l’intérieur.

Concentré, Guirec tente de garder son sang froid pour les conduire sains et saufs à bon port. La manœuvre est délicate, mais céder à la panique ne résout rien, et empêche de réfléchir.

À Halifax, un des bons amis de Guirec, Andréa, rencontré à St Barth, a rejoint leur fine équipe pour vivre avec eux un bout du voyage jusqu'à la fin du mois de septembre.

Le 1 août 2015, après quelques jours de repos, les amarres sont larguées le bateau glisse doucement sur l’eau avec comme prochain objectif St Pierre et Miquelon.

St Pierre et Miquelon

Seul territoire Français de l’Atlantique Nord c’est aussi le plus ancien territoire Français ... et l'un des plus petits : 242 kilomètres carrés !  Préservée de la main de l’homme, la nature belle et sauvage rappelle à Guirec sa Bretagne natale. 

http://m.saintpierremiquelon.la1ere.fr/2015/08/12/la-poule-du-skipper-278193.html

La vie est douce et agréable, les habitants accueillants et bienveillants, Guirec n’oubliera jamais la générosité dont ils ont fait preuve à son égard.

Mais il faut déjà repartir, comme à chaque escale, les départs sont durs pour Guirec.  Le 13 août 2015, le cœur un peu serré, il part la mémoire pleine de nouvelles rencontres.

Devant lui il y a les glaciers, les ours et d’autres amis qui l’attendent. 

 

DERNIERE LIGNE DROITE ! 

La traversée vers le Groenland durera 10 jours ! Constellées d’étoiles, les nuits sont belles. Mais dans ces latitudes extrêmes, les dépressions s’enchainent et l’océan se déchaine. L’impression d’insécurité est omniprésente. De véritable montagnes d’eau se dirigent sur le voilier en grondant, leurs crêtes bordées d’écume déferlent sur le pont. Yvinec submergé prend des allures de sous-marin, bataillant contre des vents de 40 nœuds et des pointes à 60 !

Cela en valait la peine... Au loin, l’équipage aperçoit son premier Iceberg, une montagne de glace aux mille facettes de bleus et de verts qui semble plantée entre ciel et eau.

Béat d’admiration Guirec s’approche, il veut une photo ! Yvinec est à coupe de l’Iceberg, Guirec au loin les mitrailles. Mais stupeur, le poids du bateau déstabilise l’Iceberg qui penche dangereusement. Guirec remonte précipitamment à bord pour reprendre la barre et s’éloigner rapidement. L’avarie est évitée, plus de peur que de mal cette fois et au moins la théorie d’Archimède est vérifiée !

Il faut désormais redoubler de vigilance, les icebergs, growler, et bergy bit (fragment d’icebergs) sont de plus en plus nombreux, une collision pourrait être fatale. 

L’équipage accoste finalement dans le sud du Groenland à Qaqortoq le 23 août dernier sous les aurores boréales qui dansent dans le ciel.

 

 

LE GROENLAND, ENFIN ! 

Guirec se laissera enfermer par les glaces dès que l’hiver s’installera. 

En attendant, il cherche la baie idéale pour hiverner et découvre la vie des peuples Inuit. Il navigue jusqu'à Ilulissat (à l’ouest du Groenland), et encore plus au nord à Saqqaq.

Au fils des semaines, il tisse des liens forts et éternels avec certains habitants. Assidu, il apprend leur technique de pêche, le chien de traineau, tente sans grand succès d’apprivoiser des phoques, et explore des paysages irréels.

Les terres brûlées par le froid sont particulièrement arides dans ces régions. Les montagnes de roc sont abruptes et se dressent entre les glaciers. L’été, ni arbre, ni fleur, seule une fine pellicule de lichen les recouvre. 

 

UN HIVERNAGE AU ROYAUME DES GLACES